Les lecteurs de Télé Moustique et les auditeurs de Bel RTL ont élu Sarkozy président des Belges. La faute à Ségolène?
Une implacable victoire belge de la droite dans la course à la présidence de la République française. Tel est l'épilogue de notre concours-sondage Télé Moustique/Bel RTL lancé sur Internet le 11 avril. Nicolas Sarkozy, déjà nettement en tête de notre premier tour, obtient le score flamboyant de 67.5 %. Un plébiscite massif pour une personnalité sans équivalent dans le paysage politique belge. Bien sûr, notre volonté était avant tout de divertir. Les participants à notre jeu sans prétention scientifique ne représentent pas exactement le fameux "Belge moyen". Lui, nous le laissons aux instituts de sondages.
Chez nos voisins français, par contre, l'heure n'est pas à la détente, tant l'issue de leur scrutin présidentiel marquera un tournant dans leur destin. Et jusqu'au dimanche 6 mai, rien ne sera joué pour les deux candidats et leurs électeurs. En témoignent les sondages qui aimantent le favori Sarkozy et le joker Royal vers le cap fatidique des 50 %. Plus les jours passent, plus le suspense électoral et les passions s'intensifient autour des duellistes fédérateurs. D'autant plus que le centriste François Bayrou, homme clé du sprint final, ne soutiendra ni l'un ni l'autre. Pas plus que Le Pen, certes affaibli mais encore suivi par près de 11 % des électeurs au premier tour.
En France, malgré un tonitruant mouvement de contestation, la majeure partie de l'opinion continue à donner Sarkozy vainqueur. D'une courte tête, oui, mais vainqueur quand même. Une graine de champion que Catherine Nay décrit comme "un personnage romanesque". Cette éditorialiste à Europe 1 lui a tout récemment consacré une riche biographie au titre imparable: Un pouvoir nommé désir. L'auteur, qui côtoie les grands formats de la politique française depuis près de 30 ans (elle a déjà écrit plusieurs ouvrages sur Mitterrand, Chirac et Valéry Giscard d'Estaing), "croyait connaître" le successeur potentiel de Jacques Chirac.
Mais au fil des deux années qu'elle lui a consacrées, l'auteur a découvert Sarkozy sous un autre jour: un politicien assoiffé d'ascension, certes, mais aussi un homme sentimental dont l'enfance offre de nombreuses clés pour décrypter un parcours hors normes. D'ores et déjà inscrit dans l'histoire de la droite post-gaulliste (le général est mort en 1970), l'ancien ministre de l'Intérieur a lancé des débats majeurs et brisé des tabous, tantôt avec une redoutable habileté, tantôt avec une fougue incontrôlée confinant à la maladresse, voire au dérapage violent. Il n'a toujours compté que sur lui-même, son meilleur ami... et ennemi. Le voici, nu, croqué par Nay, probablement l'une de ses meilleures biographes
Qu'est-ce qui vous a poussée à écrire ce livre sur Nicolas Sarkozy?
En novembre 2003, après la réélection de Jacques Chirac, Sarkozy a déclaré: "Je pense à la présidentielle. Et pas seulement en me rasant". Dès lors, il s'est mis à parler de rupture par rapport à Chirac. J'ai compris que c'était une stratégie, pas une crise de nerfs: il a voulu faire acter que le Président, au terme de son second mandat, aurait un successeur. A l'époque, ça m'irritait de voir Sarkozy parler et bouger sans cesse. Puis, j'ai voulu m'expliquer le fondement de son ambition, en procédant comme avec Mitterrand: appréhender mon sujet en me servant du regard de ses proches.
Quels sentiments nourrissez-vous pour lui?
Avant d'écrire, je ne le percevais que comme un insatiable ambitieux assez énervant. Puis, il est devenu mon homme-objet pendant deux ans. Quand on suit un personnage (et c'en est un!), on passe par tous les sentiments. Au final, je l'aime bien. J'ai été touchée par son enfance qui révèle une kyrielle de frustrations. Celles-ci ont débouché sur un désir de revanche sociale. Son père, fortuné, était absent et ne donnait quasi rien à ses trois fils. Et encore moins à Nicolas, le cadet, qui se sentait le mal-aimé de fratrie. Sa mère, elle, ne se plaignait jamais et l'a élevé en répétant qu'il fallait se battre et rester optimiste. Et puis, il était le plus petit homme de la famille. Ce complexe de la taille a dû lui donner l'envie de dépasser ses frères et son père autrement.
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"Ségolène Royal a deux visages"
"Voter pour Ségolène, c'est envoyer le pays droit dans le mur". Clair et net: Evelyne Pathouot ne porte pas son ancienne patronne socialiste dans son cour. Devenue assistante parlementaire de deux députés UMP des Vosges, l'ex-collaboratrice de Royal (1995-1997) a sorti un livre de témoignage sur la (grande) part d'ombre et le (petit) côté lumière de celle qui pourrait devenir la première présidente de la République. La femme dont tout le monde parle et avec laquelle Pathouot est en procès depuis dix ans pour une affaire de contrat d'emploi.
Votre livre, c'est un règlement de comptes?
Pas du tout. Ce qui m'a poussée à écrire ce livre, c'est la façon dont Ségolène Royal a été perçue dès 2006 par les médias et les citoyens français. Elle était très haut dans les sondages, avec sa défense des valeurs traditionnelles, son image de femme qui a tout réussi, son sourire de Madone et son côté "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Renforcée par les idéaux féministes, elle est devenue une idole, un symbole. Les Français sont tombés dans le piège, comme moi. Au début, elle m'a séduite aussi, puis la situation s'est dégradée. Alors, j'ai eu envie de prévenir les gens: Ségolène Royal n'est pas la femme qu'ils voient à la télé.
Qui est-elle véritablement?
Elle est très courageuse, d'une ténacité incroyable et très bonne communicante. Mais elle est aussi sans scrupules et cruelle, même envers ses collaborateurs. C'est une incroyable ambitieuse qui est prête à tout pour devenir présidente. Elle partage ce trait de caractère avec Nicolas Sarkozy. Sauf que celui-ci a plus de profondeur et de connaissance des dossiers. Lui, il dispose de lignes directrices pour diriger le pays. Ségolène, elle, fonctionne à l'intuition, sans réelles capacités, malgré ses aptitudes intellectuelles. Elle fait preuve d'une incroyable légèreté dans son travail. Elle surfe sur tous les sujets porteurs sans jamais se mouiller pour éviter de se faire des ennemis. Sans cesse, elle adopte un comportement opposé à ses paroles. Elle a deux visages. Elle manque de conviction, elle qui veut ressembler à Mitterrand sans lui arriver à la cheville.